Randonnées pédestres en Corse

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On doit au botaniste Charles Flahault, à...

vendredi 14 mai 2021

On doit au botaniste Charles Flahault, à partir de l’implantation de l’olivier, la délimitation de la zone méditerranéenne. D’autres plantes auraient pu servir de jalons, comme la camphorée, mais l’olivier profondément ancré dans notre culture, merci Homère, symbolise bien la Méditerranée. Symbole de paix, de longévité mais aussi, hélas, arbre-symbole arraché au Moyen Orient pour marquer une colonisation.

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fleurs d’olivier

A Porquerolles, Cuers, Lorgues, sur les rives du Verdon comme en Corse, l’olivier accompagne nos randonnées. Son tronc noueux, son feuillage gris vert sont les corollaires du soleil, de la chaleur, du chant des cigales.

Apparu en Arménie, présent en Provence depuis plus de 10 000 ans, l’olivier a trouvé sur les rives de la Méditerranée des conditions de développement favorables auxquelles Grecs puis Romains participèrent. L’histoire de l’olivier se confond avec celle des civilisations.

Selon la légende l’olivier cultivé serait le fruit d’une querelle entre Athéna, déesse de la Sagesse et de la Science, et Poséidon, dieu de la mer. Pour les départager, Zeus proposa à chacun de faire un don à l’humanité. Les hommes les départageraient.
Poséidon brandissant son trident fit jaillir d’un rocher un cheval de toute beauté pouvant porter cavalier et armes, traîner des chars et gagner des batailles. Athéna, se penchant, toucha un morceau de terre de sa lance et en fit sortir un arbre éternel permettant de nourrir, soigner les blessures, guérir de tous les maux. L’olivier déclaré "don le plus utile à l’humanité" fut élu par les Grecs. En retour Athéna reçut la protection d’Athènes.

Par les soirs bleus

"Par les soirs bleus d’été, j’irai par les sentiers..."

Ce frémissement des feuillages, ce murmure argenté, infiniment vieux, qui court en bordure des olivettes longées, c’est tout à la fois la main, le regard, la parole de nos pères, une fraternité laborieuse et solidaire. Des siècles durant, dans la pierre creusée, l’argile modelée ou le cuivre martelé, l’huile de l’olivier éclaira les logis.

Si les invasions vandales entrainèrent, en Provence et au delà, un recul des plantations, dès le XVI siècle l’essor de l’olivier, source de richesse, est manifeste. Au XIX siècle les moulins se multiplient. Un même village peut en abriter plusieurs : on décompte plusieurs moulins à huile en 1844. Ils se composent, d’après Latière (1904), de trois parties :
"- La salle d’extraction, où se trouvent le broyeur, la presse, l’appareil à eau chaude et les enfers.
"- L’estive ou salle de repos des huiles extraites, où l’on emmagasine les huiles des propriétaires jusqu’à que ceux ci puissent venir les prendre ;
"- L’écurie où se trouvent les chevaux ou mulets employés aux appareils extracteurs.
"

On distingue les moulins à sang où la force motrice est due à un ou plusieurs animaux, et les moulins à eau où la force motrice est hydraulique.
Les scourtins servent à étaler la pâte d’olive, pour être écrasée puis pressée. Les presses sont souvent logées dans des loges dites "chapelles", adossées à un mur robuste constitué de larges pierres. Ces loges reçoivent la poutre qui porte la vis de presse.

"Ce temps des olives. Je ne connais rien de plus épique. De la branche d’acier gris jusqu’à la jarre d’argile, l’olive coule entre cent mains, dévale avec des bonds de torrent, entasse sa lourde eau noire dans les greniers, et les vieilles poutres gémissent sous son poids toute la nuit. Sur les bords de ce grand fleuve de fruits qui ruisselle dans les villages, tout notre monde assemblé chante. »
Le poème de l’olive, Jean Giono.

Mais l’arrivée des oléagineux en provenance des colonies déstabilise la culture de l’olivier. Le phylloxéra entraine l’arrachage des vignes qui, souvent plantées en "cultura promiscuata", vigne plus olivier en alternance dans un même champ, entraine celui des pieds d’oliviers ; l’irruption du tracteur, moins maniable que le cheval, parachève le reflux.

Le chemin de fer, dès 1860, favorise l’exportation des vins et bouleverse l’économie. Le vignoble devient la 1ère richesse. L’olivier est rejeté sur les terres les moins fertiles, dans les restanques... Cette rélégation, en protégeant les sols de l’érosion, permettra la conservation de nombreuses restanques.

Le reste nous l’avons vécu, le renouveau de l’olive, l’augmentation de la production, la mise en culture de meilleures variétés et la conservation des vieilles souches (Conservatoire de l’olivier - Porquerolles).

"Nous sommes de la civilisation de l’olive, nous autres.
Nous aimons l’huile forte, l’huile verte, dont l’odeur
dispense de lire l’Illiade et l’Odyssée.
" Jean GIONO Noé

Bonnes randos !


A l’heure où l’on s’interroge sur la stérilité de l’ail- et où l’on cherche quel processus générationnel a conduit à ce résultat, avoir un regard décalé sur nos écosystèmes est capital.
La randonnée, approche lente, pédieuse s’il en est, anachronique dans ce monde qui privilégie vitesse, utilité, rendement, efficacité, est un regard décalé sur notre environnement, un acte de résistance célébrant la lenteur, la disponibilité, la curiosité, la réflexion, la conversation, le silence, l’amitié, l’inutile fort utile - pour se ressourcer, autant de valeurs résolument opposées aux sensibilités hyperlibérales qui conditionnent désormais nos vies.

"Prendre son temps serait il une subversion du quotidien ?..." Bac philo 2 000.... ???