Randonnées pédestres en Corse

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Terres vauclusiennes

lundi 1er avril 2019

Couché de tout son long entre Durance et Calavon - Giono ne disait pas couché mais vautré - le Lubéron est une terre de sortilèges.
Henri Bosco l’a chanté, René Char a exalté ce pays de résistance, Camus a choisi d’oublier Sisyphe et reposer à jamais aux pieds de cette montagne secrète.
Pétrarque y avait ouvert la voie...

Centre d’échanges dès la préhistoire, pays d’accueil et de refuge, le Lubéron n’a jamais été une frontière pour les hommes. Le Mont Ventoux non plus comme l’attestent les céramiques et les olifants trouvés à son sommet.

Pétrarque en 1336 avait ré-ouvert la voie du Ventoux, puis les pénitents des Baux l’avaient pris pour but de leur pèlerinage annuel, croix et drapeau en tête, portés par les enfants de cœur, l’abbé suivant, tantôt à pied, tantôt assis sur l’âne.

Parfois, par extravagance, Monseigneur l’accompagnait sur une chaise portée par quatre grands gaillards venus de Gigondas ou de Sablet, dans cette rude montée, assis à l’ombre d’une toile légère tendue au dessus de la chaise. Les hommes, les femmes suivaient et chantaient.

Certains portaient dans la saquette, victuailles et bouteilles. Mais, quand Monseigneur montait, les besaces contenaient des cruches en terre, de ces cruches qui par évaporation tiennent au frais le vin de messe.

Monseigneur y goûtait, d’un air sans doute compassé, le long du sentier, tellement long et monotone, et la saveur fraîche de ces vignes se joignait à l’altitude, devait lui fouetter agréablement les sangs.
L’abbé, lui, se contentait de regarder marcher les enfants...

Leurs ombres, leurs chants, sont toujours présents sur ces sentiers, portés par les vents, pour ceux qui savent les entendre...

Nous y sommes retournés, car le pays est beau, calme, on pourrait le croire endormi.

Les gorges de la Véroncle et ses moulins pétris d’ingéniosité, les gorges de la Nesque, les gorges de Loumarin, le fort de Buoux, ses sarcophages et ses silos, les eaux de l’Aigue Brun au pied des falaises, les bories égrenés sur le plateau de Claparèdes, les gorges de Régalon, la forêt de cèdres du Lubéron, les ocres de Roussillon, les gorges d’Oppédette, le Ventoux conquis à partir de la forêt de Sault, ou à partir du versant nord, ou dans les pas des processions venus des Baux... tout concourt à déserter la côte avant les grosses chaleurs, tout concourt à redécouvrir notre histoire et ses territoires.

Tout conduit à nous rappeler la fragilité de nos milieux, une fragilité encore trop souvent ignorée comme l’attestent la sécheresse et la latérisation des sols, et les incendies consécutifs, qui frappent ces temps ci l’Australie, conséquence du surpâturage irréfléchi conduit par les fermiers.

Alors bonnes randos.

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