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Le phare de Senetosa, gîte du Conservatoire du Littoral

dimanche 23 octobre 2016

Le Conservatoire du Littoral a ouvert en juillet, dans l’extrême sud de la Corse, un gîte pour randonneurs, dans les bâtiments du phare de Senetosa.
Deux dortoirs de 8 lits chacun, quatre chambres de 2 lits, douches, sanitaires, cuisine équipée, coin repos, lecture... et la mer qui bat à ses pieds.
Entre Campomoro au nord et Tizzano au sud, c’est un refuge qui était désiré...

15 € en dortoir, 20 € en chambre de deux. Le 06 27 77 48 89 pour réserver.
Le refuge est ouvert d’avril à novembre. En dehors de cette dates, réservation possible pour les groupes.

Voilà l’occasion de revisiter le phare...

Jusque dans les années 50, les deux gardiens ne vivent pas seuls au phare mais avec femmes et enfants.
Ils forment une micro société loin de tout, très peu en contact avec l’extérieur.

Allo l'épicerie ? {JPEG}Un téléphone permet d’appeler l’épicier de Grossa, qui assure chaque semaine le ravitaillement "ordinaire" : Jean Baptiste Mozziconaci prend les commandes, se rend chez les grossistes de Sartène en voiture à cheval puis, revenu à Grossa, charge un mulet qui les achemine jusqu’au phare.
Personne d’autre que lui n’accepte d’assurer cette mission rébarbative.

Le métier de gardien n’est pas très rémunérateur. Au moins, à Sénetose, les familles ont le loisir d’améliorer le quotidien avec le jardin, la chasse, et la pêche.
Senetosa est loin de tout, mais il n’y a pas moyen de s’y ennuyer, l’eau des citernes n’étant pas potable, il faut aller la chercher à la source, du coté de Conca, avec les ânes.

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Deux tours pour un secteur
Deux tours pour un secteur

Et puis cultiver tomates, salades, pommes de terre et autres légumes dans le petit jardin en contrebas.
Faire le pain qui sera cuit dans le four, au fond de la cour.
Préparer la nourriture des poules : le petit bâtiment de pierre au nord est de l’enclos abrite deux poulaillers, un pour chaque famille.
Aller à la pêche dès que le temps le permet : en ce milieu du XXe siècle, la mer est généreuse, langoustes, dorades, mérous et murènes sont servis chaque jour...aux hommes comme aux poules !

Les enfants

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Cala Longa et cala Tivella et phare de Senetosa

Une enfance au phare c’est une enfance dans la nature, sans copains, une enfance entourée d’adultes souvent occupés.
Une enfance au phare c’est l’apprentissage de la liberté dans tout ce qu’elle a d’enivrant et parfois de compliqué.

A peine né, dans les années 1940, Jacques Castelli et sa mère rejoignent Ange, le père, gardien au phare.
Six années d’enfance au phare, six années sans un camarade : le gardien-chef n’a pas d’enfant, lui.
Et pourtant Jacques Castelli raconte ne pas avoir éprouvé la solitude : après tout, il n’avait pas connu autre chose.
"J’ai surtout des souvenirs de parties de pêche, je jouais dans la cour, avec le tas de sable. Il n’y avait pas de télé, juste un petit poste de radio.
Quand j’étais malade, on m’emmenait à dos d’âne, puis sur une charette jusqu’à Sartène : un long, long chemin pour aller trouver le médecin."

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Cala Tivella - Sur le sentier du phare

"Quand le baliseur "Les îles Sanguinaires" vient, on fait parfois un tour en mer avec l’équipage de Barthélémy Lopez,
le capitaine, et Gavinu Culioli qui fait le pitre avec son balai.
En été, des plaisanciers accostent. Ils sont encore rares en ces années 1950, mais chaque visite est un divertissement".

Une enfance au phare, finalement, c’est peut être surtout une enfance heureuse.
A 6 ans, Jacques rejoint la ville et l’école. Il est logé chez une tante, sa mère restant seule au phare avec son père...
Jusqu’à ce que l’administration décide que seuls les gardiens vivront au phare.

Un phare isolé en mer est un enfer, un phare insulaire, un purgatoire, un phare à terre un paradis.
Senetosa, phare à terre accessible depuis les villages alentour devrait être un paradis d’après la mythologie des gardiens de phare. Mais à Senetosa, si l’approvisionnement vient à dos d’âne depuis Grossa, la relève se fait par bateau, les pluies défonçant régulièrement les deux pistes d’accès.
Les coups de vent empêchent les accostages dans la petite cale, reportant les relèves et les livraisons de gros matériels et de carburants.
L’apport du moindre matériel nécessite de multiples manipulations, du camion au canot, du canot au baliseur, puis du baliseur à nouveau au canot, puis au mulet, seul capable de franchir les derniers mètres qui conduisent au phare.

Il n’est pas rare à Senetosa que la relève soit reportée.

BLU, lentille... le musée du phare {JPEG}En 1934 la radio, nouvelle technologie, arrive à Senetosa. Le phare fait partie des 37 sites du littoral français équipés d’un dispositif d’émission remplaçant les anciennes cornes de brume.
Désormais, par temps de brume, le radiophare de Senetosa émet en permanence son signal radio : S E ... ..... à une portée de 100 miles, permettant aux navires de déterminer précisément leur position par triangulation avec l’émission du radiophare de la Chiappa.

Vers la solitude
A partir de 1956 les familles de gardiens sont logées à Bonifacio, Porto Vecchio ou Ajaccio.
Une rotation est organisée pour assurer la présence au phare.
Ils sont trois à se relayer, 3 semaines au phare, 10 jours en famille, alternativement pour être au moins deux sur place.

La solitude est plus grande, désormais uniquement partagée avec un collègue que l’on a pas choisi. Il faut s’accommoder de cette cohabitation forcée, se donner un rythme quotidien, structurer son temps.

On est sur un phare comme sur un bateau : le gardien qui prend son quart le soir allume le phare et le veille jusqu’à la relève à 1h du matin.
La nuit est rythmée par les transmissions radio avec les autres phares et la subdivision d’Ajaccio.
Chaque gardien s’occupe comme il peut : lire, bricoler. Tout est noté sur le carnet de veille : le temps qu’il fait, les éventuelles difficultés d’allumage, les incidents techniques...
Le 2ème quart prend fin avec l’extinction du phare au petit matin, selon l’horaire précis fixé par l’administration des Phares et Balises.
Alors, le gardien tend des rideaux blancs sur les vitres pour protéger l’optique des rayons du soleil.
En journée, on nettoie encore et toujours. Nettoyer c’est la principale occupation du gardien : optique, génératrice, sols, cuivres et bâtiments...

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Cala Longa - Sur le sentier du phare

En 1988 le phare de Senetosa est automatisé.
Les gardiens y resteront malgré tout encore 20 ans, jusqu’en 2008.

Le séjour des randonneurs est, quant à lui, limité à deux jours... Dommage, le site est magnifique.


Ravitailler, désenclaver... questionnement permanent à Senetosa.

Après la construction en 1950 du bâtiment dit bâtiment du radiophare, construction extrêmement difficile - la première entreprise renonce à accomplir sa mission tant les transports sont aléatoires - des groupes électrogènes sont installés à Senetosa.
Les moteurs Baudouin, alimentés au gazoil produisent l’électricité nécessaire à l’alimentation du phare et du radio phare.
En 1974 l’optique est de nouveau améliorée avec une nouvelle focale de 0,35 m : la portée du feu est portée à 22 miles.
En 1977 une nouvelle ampoule de 24 volt alimenté par un aéro générateur, prend place au cœur de l’optique.
En 1988 le phare est automatisé.

Senetosa, en fait, "le phare le plus isolé de la Corse du Sud", est un purgatoire plus qu’un paradis.

Coté terre les projets de route se succèdent tout au long du XXe siècle, sans jamais trouver de solution.
Coté mer, deux débarcadères sont construits à Senetosa au début des années 1960 pour faciliter l’accostage des bateaux.
Ils sont emportés par deux tempêtes successives en 1967 et 1968, avant d’être reconstruits puis du nouveau détruits.

Portfolio

  • Au delà des deux calas la tour génoise de Senetosa
  • Cour externe du gîte
  • Coin cuisine
  • Bloc sanitaire femmes
  • Dortoir de 8 lits
  • Cour interne du gîte
  • Chambre de deux
  • Douches du gîte
  • Au pied de la tour génoise
  • Tour génoise - La cheminée
  • Cabanes des mulets vues du haut de la tour génoise
  • A travers le maquis haut

Messages

  • Le phare de Senetose, propriété de l’Etat, est désormais affecté au Conservatoire du Littoral.
    Il reste néanmoins un phare en activité placé sous la responsabilité des Phares et Balises.
    Le refuge est entretenu par 5 gardiens, chacun assurant une journée de présence au phare, et il est géré par le syndicat ELISA (syndicat intercommunal pour la gestion des espaces naturels littoraux du Sartenais) qui regroupe Belvédère-Campomoro, Grossa et Sartène d’où viennent les gardiens.
    L’entretien, le nettoyage, le tracé de nouveaux sentiers, la maintenance des pistes d’accès au littoral est de leur compétence.